Comme sur des roulettes.

Il était dit que le Cirque & le Skate étaient faits pour se rencontrer! Kévin Dupont, as de la planche [à roulettes], & Charly Magonza, féru de Théâtre physique, mènent un passionnant laboratoire à l’Espace Catastrophe, sous le titre [encore provisoire] de «Skateformance». Leur recherche, également soutenue par une bourse «Un futur pour la Culture», semble «rouler de source» & promise au plus décoiffant des avenirs…

EX-périmentations-XXVI_Skatoria_Skateformance©Espace-Catastrophe (61)

Légende urbaine ou réalité technique, on raconte que le Skateboard a été inventé par des surfeurs déçus du manque de vent et de la mer plate, en Californie, dans les années ‘50. Près de 70 ans plus tard, la célébrissime « planche à roulettes » apporte toujours un tourbillon de fraîcheur : la voici même qui débarque dans le monde du Cirque, c’est dire ! « Nous n’avons rien d’avant-gardistes, mais il faut bien admettre que le terrain est presque vierge. », s’amusent Kévin Dupont et Charly Magonza, assis dans la petite Salle U de l’Espace Catastrophe. Skateformance, nom de code de leur travail, c’est une intense recherche à deux ? « Non, à trois », sourit le duo, en désignant du menton le troisième partenaire : le Skate bien sûr, qui attend gentiment de voir ce qu’il vient faire au beau milieu des Arts du Cirque.

La mixité des arts.

Cette recherche, qui se doublera d’ateliers entre skateurs et artistes de scène, semble l’exemple parfait du programme qui la soutient. Un futur pour la Culture, déployé dernièrement par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour donner un coup de pouce aux recherches artistiques, encourage en effet la création de nouveaux langages et la médiation entre différents publics. Pour l’Espace Catastrophe comme pour le duo, c’était une évidence de répondre à l’appel. « Je crois sincèrement à la mixité des Arts. Depuis toujours! », explique Catherine Magis, directrice artistique de l’Espace Catastrophe. « Il s’agit ici de continuer à mettre le focus sur des projets, en recherche de nouveaux codes, dans l’élan des laboratoires qu’on met en place 2 à 3 fois par Saison à l’Espace Catastrophe. »

Ces « Labos » explorent tous les secteurs : acrobatie, parkours, dramaturgie circassienne,… Rien ne semble arrêter les territoires du Cirque. Et l’élan vers le Skate semble « rouler » de source. « Les skateurs et les circassiens ont énormément de points communs », observe Catherine Magis. « Il y a un côté ‘cool & fun’ et, en même temps, très conscient du corps, très précis dans le travail. Le Skate va certainement trouver sa place en Piste, comme l’ont fait le Parkour ou la Slackline. » C’est évidemment l’opinion que partagent Kévin Dupont et Charly Magonza, dont la recherche ne date pas de la dernière pluie : ils explorent la puissance scénique du Skate depuis 2017. Abyssal Fish Ramp, leur première recherche commune, réunissait 3 skateurs, 3 musiciens et une danseuse. Ce travail faisait la part belle à la recherche sur les sons industriels, les lumières et les volumes. « Sons, matières, images : on a tout expérimenté dans ce spectacle ! », rigole Kévin. Skateformance, leur nouveau défi, prend en quelque sorte le chemin inverse : celui du dépouillement.

 

 

Le temps du silence.

« C’est le luxe d’un laboratoire », indique Charly. « Prendre le temps du silence, du vide et de l’essentiel, sans obligation de résultat. Notre équation est simple : que se passe-t-il quand on place un Skate en scène, sans aucun artifice, avec un skateur ? Toute notre recherche part de là. » Kévin Dupont n’est ni circassien, ni comédien : il est skateur, « tout simplement ». Le détail peut sembler évident mais, en scène, il devient essentiel. « On n’orchestre pas la rencontre du Skate et du Théâtre par exemple, où un acteur viendrait dire du texte sur un Skate. Tout part de cette étrange planche à roulettes, et d’un type qui doit apprendre à la maîtriser autrement. »

En guise d’exemple, Kévin Dupont désigne la largeur de l’espace où il travaille. « En un coup de propulsion, je suis déjà en dehors ! », éclaire-t-il. « Ce que demande la scène est peut-être en contradiction avec la pratique du Skate, qui est quelque chose d’explosif, de l’ordre de l’impro. En amenant le Skate dans un espace de représentation, on cherche à cadrer les actions, à pouvoir les répéter. » Tout reste « du Skate », mais autrement. Ce switch est déterminant. « On est parti sur le minimum », résume Charly. « Nous travaillons par exemple dans un espace expressément limité, qui ne permet pas du tout la pleine course. Quel est le bruit naturel et ‘acoustique’ du Skate sur le sol ? Qu’est-ce qui se passe quand on part de rien ? »

Étonnant combien le dépouillement peut mener à l’intensité – et combien le confinement peut amener à une évidence valide en toute circonstance. « Être en recherche, c’est prendre le temps d’affiner ce qu’on veut vraiment dire », observe Kévin, « c’est se libérer de la contrainte du résultat. Quand tu sais que tu as une date de première ou une présentation, tu es obligé de te mettre tout de suite sur des rails, pour être sûr d’avoir quelque chose à montrer. » Et Charly de poursuivre : « L’état d’esprit dans lequel nous sommes, c’est de nous concentrer sur ce qu’on cherche, pour le découvrir nous-mêmes ! ». Après la solitude nécessaire, les Résidences verront ainsi se succéder les spécialistes : Kévin dialoguera avec un acrobate, puis avec un musicien… Avant de s’engager vers une création ? « On commence à y penser ! », confesse le duo.

Le résultat devrait tout autant intéresser les pros du Skate que le tout-public – et même, pourquoi pas, les surfeurs californiens !?

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