Retour à l’âge de pierre.

Shortlisté par circusnext*, le Suédois Hugo Bergman fait étape @ l’Espace Catastrophe pour 12 jours de recherche à la temporalité inédite. Son solo «Between me and a hard place» nous invite à rebobiner l’histoire humaine, à la rencontre d’un homme aux prises avec une pierre & un grand cercle de métal. Un irrésistible rendez-vous, assurément à suivre!

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Hugo Bergman a le sourire radieux. Assis dans la Salle , à l’Espace Catastrophe, il revisite pour nous sa vie acrobatique, joyeusement lancée depuis 33 ans – depuis que ce charmant gaillard blond a vu le jour à Malmö, en Suède. Mais méfiez-vous de l’eau qui dort. En scène, ce circassien venu du nord semble renouer avec les plus anciennes racines du genre humain. Sa silhouette se métamorphose. Trapu, le dos soudain arrondi, il évoque un très, très vieux camarade, perdu de vue depuis longtemps : un homme des cavernes. Sur le plateau dépouillé, ce double oublié de nous-mêmes a pour uniques partenaires une pierre et un grand cercle de métal. D’où peut venir semblable alliage entre préhistoire et cirque contemporain ? 

 

« J’aime l’idée qu’on ne puisse pas relier mon travail à une époque précise », sourit Hugo. « Ce qui compte le plus pour moi, c’est ce qui se passe ici et maintenant. » De mémoire d’homme, l’artiste a toujours adoré l’instant présent. C’est lui qui a conduit à la création du solo Between me an a hard place. Que se passe-t-il si l’on met dans un même espace un homme, une pierre et une roue Cyr ? Et c’est aussi ce goût de l’instant présent qui a dirigé les choix de vie d’Hugo, circassien autodidacte qui a toujours suivi son instinct. 

 

« Je n’avais jamais pensé faire de cirque avant mes 24 ans », confie-t-il – et on a presque du mal à croire que ce surdoué ne s’entraîne pas depuis l’enfance. « J’aimais l’acrobatie et j’étais fou de skate », admet le circassien. « Et j’ai découvert que mon père, potier, avait eu une vie de circassien avant de fonder notre famille. Ce n’est qu’après son décès, il y a 3 ans, que j’ai trouvé des albums photos. Il ne m’en avait jamais parlé… » Circassien dans l’âme et l’ADN, Hugo suivra ses 4 roues où le vent l’emmène. « À 20 ans, j’étais sur les routes, une vie de hippie », rapporte-t-il, tour à tour postier ou surfeur des neiges au Canada ! C’est en chemin qu’il croise le Cirque. Une révélation. « J’ai vu un spectacle et j’ai senti que c’était ce que je voulais faire. Je suis allé trouver les artistes après la représentation. Quelques jours plus tard, j’avais les clés de leur local et je m’entraînais du matin au soir. Je peux être très obsessionnel! », rigole-t-il. 

 

 

C’est à Barcelone, en frottant son skate aux circassiens de La Central del Circ, qu’il découvre la roue Cyr. L’autodidacte démarre au quart de tour. « Le lendemain, j’ai acheté une roue Cyr. Je n’en avais jamais fait ! J’ai passé trois ans à m’entraîner sans arrêt, aux côtés des artistes travaillant à La Central. » Ce geek a la bonne idée de tenter des figures inspirées du skate sur son cercle de fer. Il ne veut rien faire comme personne, « parce que c’est beaucoup plus amusant », dit-il. Au détour d’un récit, Hugo admet aussi avoir eu l’envie permanente de se démarquer de Carl, son frère jumeau – aujourd’hui tennisman de haut niveau. « Je pense que c’est de là que vient mon goût pour les chemins que personne ne prend. Pour être sûr d’être différent et de bâtir ma propre identité. » 

 

Aujourd’hui, Between me and a hard place ne ressemble à rien de connu. En apportant un jour une grosse pierre sur le plateau, Hugo a sculpté un personnage brut et touchant. « Cette sorte d’homme des cavernes est apparu peu à peu dans mon corps. Je l’ai imaginé lui-même comme un roc. Il est tout en muscles, mais j’aime jouer avec sa fragilité. Il prend soin de quelque chose d’un peu absurde – une pierre. C’est un objet que j’aime, froid, brut et nu. Et l’homme s’y confronte. Cela correspond à une dimension que j’aime dans le Cirque : sa capacité à révéler le potentiel de toute chose et à déjouer les attentes des spectateurs.»  

 

Au quotidien, Hugo Bergman semble appliquer cette maxime à la lettre, en accueillant l’instant présent et l’idée soudaine. « Je suis vraiment heureux de là où la vie m’emmène», sourit-il. Et on se réjouit de faire un bout de route avec lui, dès que ce spectacle livré cru sera cuit!  

 

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Le titre “Between me and a hard place” est inspiré d’une expression anglaise qui signifie à la fois être pris dans un dilemme et une situation ou un lieu difficile à vivre. Ce projet est un hommage à la nature dans sa forme primitive. Hugo Bergman nous plonge dans un monde intemporel, froid et brut. Il y explore la «sensation de nature» et la solitude, le sentiment d’impuissance et de dénuement qu’elle peut générer. À travers son vocabulaire artistique, inspiré de petites choses simples, Hugo Bergman partage au plateau sa vision très personnelle du cirque contemporain. 

 

 

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* circusnext est une plateforme européenne qui rassemble une trentaine de partenaires issus de 17 pays, qui se retrouvent autour de valeurs fondatrices – le repérage de talents uniques, l’accompagnement à l’émergence et à la création, la coopération européenne. 

Partenaire de longue date de circusnext, l’Espace Catastrophe accompagne chaque Saison quelques créations d’auteur.e.s issus des sélections européennes et en programme certaines d’entre elles lors du Festival UP!, notre Biennale Internationale de Cirque.

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