Après le confinement, tout un monde à créer.

Dans la joie de retrouver les spectacles « déconfinés », il ne faudrait pas oublier que les artistes ont bien dû les créer quelque part ! Dès la mi-juin, l’Espace Catastrophe lançait sa proposition de « Résidences Last Minute ». Succès explosif cet été avec 23 Compagnies en Résidence, pour un total de 2.000 heures de recherche & de création. Majo Cazares en était, avec un laboratoire politique et mouvementé !

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Pour les artistes, le confinement est tombé comme une enclume : représentations annulées ou reportées, résidences supprimées, horizon vide. Inutile de dire que la proposition de « Résidences Last Minute » de l’Espace Catastrophe, dès la mi-juin, est apparu comme une lumière, enfin, au bout du tunnel. « C’était la bonne proposition, au bon moment », commente Majo Cazares, qui a bondit sur l’occasion pour travailler sur son projet « Kaléidoscopio ». « Pour nous, c’était une occasion immanquable de rebondir, parce que le Covid avait complètement anéanti notre saison. De la mi-mars à la mi-mai, je pense que j’ai dû perdre près de 40 dates de représentations. J’allais travailler comme une fourmi, et voilà que j’étais bloquée chez moi, seule, à me ronger les ongles. Le gouvernement belge n’a pas géré la crise. Il a donné des ordres dispersés dont on ne mesure pas encore les conséquences. Il fallait agir. L’Espace Catastrophe l’a fait, avec la conscience que nous devions travailler. Dans les conditions sanitaires exigées bien sûr. »

Aucun spectacle ne tombe tout cuit du ciel à l’affiche d’un théâtre ou d’un festival. Si l’on se réjouit de retrouver les spectacles, il ne faudrait pas oublier qu’il faut les préparer… Le Covid, comme les règles qu’il impose, ignore cette donnée. Mais nul ne peut prétendre en faire fi. « Il fallait nous réunir, nous rencontrer, entamer le travail même de façon acrobatique. » Majo Cazares n’était d’ailleurs pas au bout de ses peines, puisqu’un de ses interprètes n’a pas pu prendre la route : Barcelone, où il habite, a été placé en zone rouge deux jours avant son vol vers Bruxelles. « D’autres artistes du projet ont eu également des défis personnels, mais il fallait foncer. C’était un gros moment de débrouillardise ! Nous avons tout fait pour retomber sur nos pattes et rebondir. »

Comme on le sent bien, Majo a une énergie qui pourrait déplacer des montagnes (à défaut de dissiper les virus). Et elle est motivée par un sujet qui lui tient profondément à cœur : changer le regard européanocentré sur le monde. Née au Mexique, installée à Bruxelles, Majo et tous ses compagnons artistes veulent créer un spectacle qui défie nos idées préconçues et volontiers post-colonialistes – même les plus ouverts d’entre nous ne peuvent la contredire quand elle soutient que « tout a été colonisé par les Européens. Jusqu’au regard sur le corps, sur la ‘bonne’ façon de danser, de bouger. » Même le Cirque ? « Bien sûr ! Ne vois-tu pas que l’homme noir, dans un coin de l’imaginaire du Cirque, occupe encore la place de l’exotisme dangereux, du péril ? C’est toute notre conception qu’il s’agit d’interroger. » Lignes du corps venues de la danse classique, jambe tendue, port de tête et, bien sûr, « la tyrannie du pied pointé », relève Majo. « KaléIdoscopio », en phase de recherche, s’avère déjà passionnant, avec ses interprètes tous nés en Amérique Latine et vivant en Europe – bien informés sur le regard que les Européens portent souvent sur l’immigré.

Des Résidences « Last Minute », certes, mais dont l’intérêt sera tout sauf éphémère.

 

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